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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 18:17
 
 L’histoire :
 
Au panthéon des fumeurs cultes, vous avez connu Serge Gainsbourg, Winston Churchill, Humphrey Bogart, Georges Simenon... Jamais vous n'oublierez Fabrice Valantine. Chasseur de têtes, accro à ses deux paquets de blondes quotidiens, Fabrice Valantine se rend un beau jour chez un hypnotiseur dont on lui a vanté les résultats miraculeux : à la surprise de tous, il a décidé d'arrêter de fumer! La séance paraît tout d'abord réussir. Pourtant, quelques semaines plus tard, il craque, en allume une, et constate, stupéfait, que si l'envie de fumer demeure, le plaisir, lui, a totalement disparu. Fabrice va bientôt découvrir que ses voluptueuses sensations ne lui reviennent... qu'après avoir commis un meurtre. Drôle, inquiétant, provocateur, Fume et tue raconte la vie tabagique et l'œuvre criminelle d'un homme qui aurait bien voulu qu'on le laisse fumer ses cigarettes tranquillement.
 
 
 
 Notre analyse :
 
Roman noir de forme très classique, teinté d’un humour noir et d’un cynisme jubilatoires, « Fume et tue », deuxième roman d’Antoine Laurain, est un livre qui se lit très facilement. Son écriture est légère et agréable, et l’histoire est bien menée de bout en bout. Mais la critique s’arrêterait là s’il n’était qu’un bon polar. Or c’est un peu plus que ça. Car à travers l’histoire amusante de Fabrice Valantine, le « tueur a la cigarette », Antoine Laurain passe à la moulinette notre société contemporaine, et notamment notre cher et bien aimé président tout neuf ainsi que le parti qu’il dirige. Et cela, et c’est même ce qui rend la chose si intéressante, de la façon la plus subtile qui soit. En effet, si jamais le nom de l’UMP n’est cité, il est pourtant clairement visé par l’auteur, comme pourrait le prouver, s’il ne fallait que ceci, la mention faite par le héros dès la première page du livre, selon laquelle le déclenchement de l’histoire et de sa folie meurtrière se trouve être la loi anti tabac de 2007.   


Anecdote amusante : on remarque au cours de la lecture que les descriptions des personnages, de façon systématique, mentionnent la marque de cigarettes fumées par ceux-ci. C’est presque une qualité inhérente à leur personnalité, presque un révélateur de leur psychologie. « Dis-moi ce que tu fumes, je te dirai qui tu es », pourrait-on dire. Or, il se trouve que tous les personnages sympathiques, amis avec le héros, appréciés par lui, sont des fumeurs. A l’inverse, le nouveau patron de Valantine, jeune golden boy sportif et sûr de lui, sa femme, adepte de l’adultère, ou encore son amant, un jeune artiste contemporain en vogue, hautain, condescendant et méprisant envers ceux qui ne comprennent pas son art (dont Valantine lui-même), sont uniformément non-fumeurs.
 
 
Autre anecdote : on peut trouver, par-ci par-là, de nombreuses références à la dictature, et notamment à Hitler. A chaque fois, c’est sans rapport avec l’histoire, à chaque fois c’est un détail. Pourtant c’est frappant. Par exemple, à la page 41, un collègue de bureau avoue au héros qu’il a tenté d’arrêter de fumer, mais que le Zyban, cet antidépresseur si souvent utilisé dans le sevrage à la nicotine, lui faisait faire chaque nuit un cauchemar dans lequel il se voyait partageant la chambre d’hôtel d’Hitler, et voyait finalement arriver dans la suite une troupe de SS en uniforme rose fluo. Suite à quoi il a repris la cigarette. Autre exemple : Valantine trouve les idées pour ses crimes sur le site Internet d’un ancien GI racontant ses opérations d’espionnage durant la guerre froide. Avec bien sûr moult détails sur la situation en Russie durant l’ère communiste.
 
Le sentiment prédominant dans ce livre est que ce qui est, dans la morale largement répandue, synonyme de liberté, à savoir la non-dépendance à la nicotine, est pour le héros un enfermement. Ce qui est une liberté pour lui, c’est de pouvoir fumer. C’est notamment frappant lorsque Valantine, arrivé en prison, retrouve enfin le plaisir de fumer. Le contraste est saisissant : il se sent libre parce qu’il peut fumer, alors que matériellement, socialement, il n’est plus libre, puisque prisonnier.
 
 
Bien sur, rien n’est clairement formulé, mais on le ressent nettement : Laurain n’aime pas le « sarkosysme ». Si rien dans l’histoire ne le laisse paraître, toutes les anecdotes, les petits débordements de l’histoire, les détails, tendent vers un but commun : nous signifier que la morale actuelle ressemble à s’y méprendre à une nouvelle forme d’aryanisme, donc sans doute de dictature. Ceci expliquant les fréquentes références au totalitarisme, alors même que rien ne semblerait le motiver dans la logique de l’histoire. Dès lors, on peut même se demander si Valantine, l’assassin, ne serait pas une grande métaphore de la résistance. Une forme de cynisme présente même dans le message de l’auteur peut-être ? En tout cas, par tous les aspects, un très bon livre, et un grand vent de fraîcheur dans l’actualité littéraire.
 
Pascal Gatty
 

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