16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 20:00


Lorsque l'immigration s'invite en Lorraine, les hauts-fourneaux s'enclavent dans les esprits, les gueules noires et le croisement de nationalités s'immiscent sous nos yeux… Villerupt est un de ces brassages de cultures ou l'Italie est venue prendre pied, au milieu d’une région multirécidiviste au niveau des changements de nationalité.

 

Et quoi de mieux qu'une telle région pour traiter d'un fait d'immigration ? La Terramadre

 

Le film raconte le croisement de deux destins, dans la région sinistrée du sud de l'Italie. L'un est turc, échoué sur une plage, sa femme morte noyée à ses côtés. L'autre, Gaetano, est jeune, italien, et refuse de quitter sa région natale pour rejoindre son père en Allemagne. Et devenir soudain, à son tour, un immigré.

 

En toute simplicité, avec une esthétique percutante de minimalisme et d'efficacité, Nello La Marca pose tranquillement son histoire sur un fond sonore envoûtant.

 

La question des origines et l'incompréhension mutuelle sont sans cesse deux thèmes qui s'affrontent, divisent et questionnent.

Gaetano, dont la mère est morte peu avant, semble enraciné en Sicile, même s'il doit bien admettre que sa terre est une terre brûlée. A travers sa conviction et sa volonté de ne pas quitter sa tante, il semble plutôt être attaché au souvenir de sa mère qui le hante et qu'il ne veut pas perdre.

Et son père, plein de bonnes intentions, arrive tel le mal, tel l'avenir que Gaetano refuse, un avenir qui voudrait faire disparaître son passé.

 

Face à lui – mais sans réelle confrontation -, survit cet homme, échoué d'un rafiot qui a sombré en mer, étouffé par une vie dont il ne comprend rien et dont il souffre, étranger aux yeux de gens qui furent pourtant eux-mêmes victimes de racisme en tant d'autres contrées.


A travers ce personnage qui cherche seulement à survivre, venant de perdre tout sens à sa vie, c'est son propre avenir que voit Gaetano.

Celui qui lui est promis, au fond, s'il suit son père en Allemagne. Le statut d'immigré haï, d'immigré rejeté, non intégré, que l'on emploie pour les basses tâches et que l'on paye à bas prix.

 

Et quand bien même tout le pousse à fuir cette terre devenue hostile, Gaetano, le sac en bandoulière, hésite encore et encore...

 

La Terramadre, l'air de rien, est un film vibrant, qui ne tombe pas dans un pathos inutile.

Poignant sans aller jusqu'au chef d'œuvre, il n'en reste pas moins efficace et distille ses idées sans se laisser emporter par des jugements tranchés.

Agréable à l'œil et à l'esprit, ce film est d’autant plus à voir en ces temps où les étrangers semblent si dépréciés...

 

Ugo Schimizzi

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